24 janvier 2011
Quelque part au milieu du désert
Salle de cinéma, nuit, manteau en guise de couette, musique coulante. Je suis bien. Je vais voir Somewhere de Sofia Coppola.
On avait compris que le truc de Sofia Coppola c'était de raconter des histoires de gens qui s'ennuient. On savait aussi qu'elle choisissait bigrement bien sa musique et ses acteurs. Mais moi je ne savais pas qu'elle était si juste, si touchante et que ses images étaient si belles.
Somewhere ne raconte rien, si ce n'est le quotidien d'un acteur qui tue le temps dans son hôtel, plutôt mal quand il est seul et plutôt joliment quand sa fille lui tombe dessus. Somewhere c'est comme un rêve agréable et confortable, qui passe dans notre cerveau pendant qu'on dort bien au chaud, le coeur léger.
Et ça, c'est déjà pas mal !
http://www.youtube.com/watch?v=MWbBu_QY9i0
22 janvier 2011
Rêve de printemps
Hier il y avait dans l'air une odeur de jonquilles. Fugace. Ça sentait l'herbe coupée et les violettes au pied du seringa, le ciel bleu où passent les avions et le soleil sur les tuiles, les chocolat de Pâques dans les buissons et les pétales de cerisier du Japon qui tombent en pluie sur le gazon.
Oui, ça sentait tout ça hier dans les rues. Et puis ça sentait aussi la terre qui fond et les gilets qui restent au placard, les parapluies qu'on laisse avec les écharpes au placard et les grandes vacances d'été.
21 janvier 2011
Le théâtre du néant
Un mardi soir au Théâtre du Châtelet, il fait froid devant l'entrée. Je mange une gaufre pour patienter et me réchauffer en regardant le Palais de Justice, les péniches sur la Seine et les phares des voitures qui passent devant moi. A l'intérieur la scène est recouverte d'un parquet type Versailles, le premier rang a les pieds dans le plat, des badauds circulent entre la reconstitution d'une salle du Louvre comme s'ils étaient des acteurs. Finalement tout le monde s'installe et une actrice entre et déambule sans un bruit. Des personnes mal à l'aise toussotent une fois, deux fois, trois fois. Ça n'en finit plus. Je m'agace un peu, remue sur mon siège, l'ambiance me déplaît assez. C'est Rêve d’automne qui commence, la dernière et fameuse création de Jon Fosse et Patrice Chéreau. Pourquoi suis-je venue ? pour le metteur en scène et pour les acteurs, Valéria Bruni-Tedeschi et Pascal Grégory. Bon, allez on se concentre et tout va bien se passer. Les acteurs entrent, déblatèrent quelques platitudes avec une diction malaisée. Je fronce les sourcils. Les dialogues sont d'une platitude effarante. Je regarde autour de moi, un spectateur se gratte le menton d'un air sceptique ; un autre écarquille les yeux en se demandant s'il a bien entendu Pascal Gregory répéter trois fois "le Temps, c'est comme les vagues, ou les nuages" ; un dernier s'est déjà endormi et ronfle l'air de rien. Je regarde mes amis qui pouffent discrètement, oscillant entre l'hilarité et la colère noire. Je pique du nez sur l'épaule de mon voisin quand la mère assène pour la dixième fois des inepties attendues à son fils : "il faudrait venir nous voir plus souvent. Oui, il faudrait. Le temps passe si vite. Tu te souviens quand tu jouais avec ton père, enfant.Il me semble que c'était hier. Regarde-moi. Oui, il faudrait venir nous voir plus souvent". La mise en scène est d'un désintérêt rare, le texte est d'une vacuité abyssale - accumulant les thèmes éculés et les clichés sur le désir, la mort, le temps, la famille et l'amour - l'ambiance lugubre de la pièce est à la limite d'être angoissante et les acteurs sont épouvantablement mauvais. Et, ô comble de l'exaspération je suis coincée au milieu d'un rang ! A la fin de la pièce, exsangue et à bout de nerf, je ne peux même pas huer cette pièce d'une rare nullité tellement le public applaudit fort ! Arrêtons la complaisance et l'hypocrisie. On ne flatte pas la cuisinière dont le plat vous a fait vomir !
19 janvier 2011
Ma lettre aux Inrocks. La révolte d'une hardeuse.
Une sur Yasmine : la révolte d’une lectrice
11/01/2011

Bonjour les Inrocks,
Je suis une lectrice abonnée et assidue de votre magazine, qui m’enchante habituellement. Par affection et honnêteté vis-à-vis de vous je me devais d’exprimer ma colère et mon agacement après la lecture de votre article sur « la révolte d’une hardeuse ».
Que trouve-t-on dans cet entretien avec l’ancienne favorite des productions Marc Dorcel ?
Que l’industrie du porno est pourrie jusqu’à la racine, que les actrices porno sont des créatures nécessairement malheureuses et dépressives et qu’une carrière de hardeuse est dangereuse pour ce qu’elle conduit probablement à la prostitution et à la chirurgie esthétique. Tout cela serait, selon vous, à éviter. Le porno serait même mortifère, si l’on se réfère à Philippe Vecchi, l’auteur de l’article, qui demande ingénument à Yasmine s’il lui est arrivé « de sentir que le X pouvait [la] faire mourir d’une manière ou d’une autre ».
En somme, il s’agirait de lutter contre cet épouvantable entreprise, comme le laisse entendre l’encart qui conclue, on ne sait trop pourquoi, votre papier : AntiPornMenProject. Un site pour se désintoxiquer du porno.
Certes les conditions de travail des acteurs et actrices porno sont épouvantables dans leur grosse majorité. Mais cela autorise-t-il à faire des généralités et des raccourcis outranciers comme votre chroniqueur se permet de faire dans cet entretien ?
De mauvaises pratiques dans les tournages de X remettent-elles en question l’objet pornographique en soi ? Aurait-on idée de condamner l’industrie du textile, dans son entier, pour la raison qu’il y a de l’exploitation dans ce domaine ?
Je vois, cher magazine, comme une contradiction dans votre n°788 : une couverture on ne peut plus racoleuse, faite de joli minois encadré par un X en satin mauve, qui cache un article au contenu moraliste, dans lequel on apprend que les hommes devraient « assainir leur sexualité » !
Je suis offusquée par l’ambivalence couarde et malhonnête de votre article, aux questions délibérément politiquement correctes et réductrices, illustré par des photos inutilement sexy de Yasmine qui ne cachent pas la vacuité de celui-ci.
De grâce, laissez la bien-pensance aux hypocrites et faites nous bander le cerveau avec des articles bien ficelés.
Vita Orlando
05 novembre 2010
Décrocher du porno : quelle drôle d'idée !
Non mais on rêve ! un blog du Monde nous apprend que "oui, c'est possible" d'arrêter de regarder des films x. On est rassurés !
http://bonnenouvelle.blog.lemonde.fr/2010/11/04/decrocher-du-porno-cest-possible/
*“La bibliothécaire rangeait des livres, se dressait pour atteindre les
rayonnages en hauteur, et j’ai pensé : tiens, il faut que je me trouve
un porno avec des bibliothécaires pour ce soir”,* raconte un certain
Matt MacCormack Evans au journal anglais /The Guardian/. Un copain à
lui, face à une amie qui lui confiait avoir la gorge sèche, a dû faire
bien des efforts pour se retenir de lui demander si c’était lié à
d’éventuelles fellations… Et MacCormack Evans a réalisé à quel point
l’imagerie pornographique infiltrait jusqu’aux moindres recoins de sa vie.
*MacCormack Evans**veut décrocher du porno, se laver la tête des images
souvent violentes, des clichés qui le caractérisent aujourd’hui.* Un
secteur lucratif et mondial, à l’origine de très nombreuses violences
faites aux femmes, directement lors des tournages (des anciennes
actrices sont prêtes à vous raconter, si vous en doutez), ou
indirectement en répandant dans les têtes d’ados des visions plus que
biaisées du sexe et de la féminité.
*Il a donc créé le site AntiPorn Men project. *Concept ? Des textes, des
textes, des textes. Pour réfléchir, discuter, comprendre, décrocher, au
choix, de cette industrie dont le chiffre d’affaire sur la planète est
estimé à cinquante milliards de dollars. Féminisme, gender studies,
sociologie : toutes les disciplines sont convoquées pour aider les
jeunes hommes à décrocher ou, au minimum, prendre de la distance, avec
le monde fantasmatique que représente le cinéma porno… Et réfléchir. Le
site n’a rien d’une énième croisade moraliste ou religieuse. Il n’a rien
contre le plaisir, qu’il soit solitaire ou à plusieurs, et son but n’est
pas tant d’éradiquer une esthétique après tout millénaire que de
rappeler que le porno n’est pas la réalité, qu’on peut s’en passer (oui,
oui !), que la sexualité est une affaire de sentiments plus que de
performance, que les stéréotypes sont faits pour être abattus quand ce
cinéma les conforte trop souvent… Et, une fois de plus, réfléchir à ces
questions, grâce à des textes intelligents. C’est d’ailleurs assez
clairement dit : *“Nous sommes pro-sexe. L’une des raisons pour
lesquelles nous sommes anti-porno est bien que nous sommes pro-sexe. Le
porno n’est pas du sexe, mais il peut, de fait, jouer un rôle très
restrictif et dommageable dans la vie sexuelle de chacun, dans la
constitution de la sexualité de chacun.”*
*Le site vient juste de naître, et n’existe pour l’instant qu’un
anglais, mais il va grandir. *Il est d’ailleurs possible et très facile
de les contacter pour participer… Matt MacCormack Evans est en tout cas
très motivé : “il y a comme une double conscience. Quand je regardais du
porno, j’étais persuadé que c’était séparé de ma vie, que cette activité
n’affecterait pas ma vision du monde…Mais en fait, c’était le cas”. Il
est temps de décrocher !
Le site: http://www.antipornmen.org/
L'article en anglais:
http://www.guardian.co.uk/culture/2010/oct/25/men-believe-porn-is-wrong
12 octobre 2010
Les Amours imaginaires
Elle a l’air d’une femme au foyer des années 50, en un peu plus libérée – quoi qu’elle cherche moins un amant que quelqu’un avec qui faire la cuiller, le soir dans son lit. « Oui, la cuiller c’est important ».
Lui est mignon, maladroit mais joli comme tout. Ils sont meilleurs amis jusqu’à ce qu’ils tombent amoureux du même belâtre et que ça sème un peu la zizanie dans leur amitié. D’autant que rien n’assure l’intérêt réciproque de l’objet de leurs fantasmes.
Oui, c’est ça. Les amours imaginaires, ces histoires qu’on se raconte et qui n’existent que dans notre cerveau, ces aventures romanesques sans preuve tangible, ces rêves merveilleux qui ne prendront jamais corps et nous rendent très malheureux.
D’accord le sujet n’est pas très gai mais finalement c’est hilarant, c’est brillant, c’est lumineux et c’est intelligent.
C’est le dernier film de Xavie Nolan, c’est au cinéma en ce moment.
10 octobre 2010
Nuit blanche
Rentrer en taxi la nuit. Les Maréchaux, voir celles qui racolent attendre passer devant mes yeux. Penser à tous les retours en taxi, la nuit avec toi.
Penser à la différence que ça fait.
J’ai taché la rose blanche avec mon rouge à lèvres.
http://www.youtube.com/watch?v=vrUivONN9Mg
08 octobre 2010
Ne jamais arrêter de rêver
J’ai rêvé. Pendant un instant c’était parfait. Il y avait le lierre sur le rebord de la fenêtre blanche, où perlaient des gouttes de pluie. Et des enfants qui passaient sur l’herbe, sous un parapluie, et rentraient, une citrouille sous le bras ou bien encore tenant à la main celle de leurs parents.Et puis dedans il y avait la chaleur du cour qui couvrait les carreaux de buée et l’idée de toi qui travaille à la maison, que je retrouverai en rentrant.
Mais d’un coup je me suis souvenue.
Le lierre s’agitait contre les murs de brique rouge, battu qu’il était par des brassées de pluie. Malgré des heures à danser on gelait dans la salle et tu ne serais pas là ce soir pour me réchauffer.
On ne devrait jamais arrêter de rêver.
06 octobre 2010
La Rencontre
Vendredi soir, loge de velours à l’Opéra Garnier. Décors suranné d’un Paris très Marcel Carné, années 40 en carton pâte. Un accordéoniste avance lentement, jouant les premières notes des Enfants qui s’aiment de Prévert. Le ballet est de Roland Petit mais le cher réalisateur n’est pas loin, toute son âme est là et ses plus proches collaborateurs (Kosma pour la musique, Picasso pour les décors, Paris pour l’ambiance, Prévert pour l’argument) sont réunis. Et puis cette chanson est la rengaine des Portes de la nuit, un des chefs d’oeuvre de Carné en 1946.
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La Rencontre, un ballet de Roland Petit en 1945.
28 septembre 2010
Licenciement pour cause d’adultère et obligations spécifiques des salariés d’organisations religieuses
Centre de Recherches et d’Études sur les Droits Fondamentaux - Université Paris-Ouest - Nanterre La Défense Actualités droits-libertés du 26 septembre 2010 par Nicolas Hervieu Les lettres d’actualité droits-libertés du CREDOF sont protégées par la licence Creative Commons I – DROIT AU RESPECT DE LA VIE PRIVEE ET FAMILIALE (Art. 8 CEDH) : Licenciement pour cause d’adultère et obligations spécifiques des salariés d’organisations religieuses Dans des affaires distinctes, deux salariés ont été licenciés pour avoir entretenu des relations qualifiées d’adultères par leurs employeurs, des organisations religieuses situées en Allemagne. L’un, « directeur pour l’Europe au département des relations publiques » de l’Eglise mormone, avait confié à sa hiérarchie avoir eu des relations extraconjugales ce qui entraîna d’ailleurs, outre la rupture de son contrat de travail, son excommunication (affaire Obst – ci-après O.). L’autre, « organiste et […] chef de chœur » d’une paroisse catholique en Allemagne, avait rendu publique sa séparation d’avec son épouse – le divorce ne fut prononcé que plusieurs années après – et vécu ensuite avec sa nouvelle compagne dont il eu un enfant. Le contrat de travail fut rompu pour adultère et bigamie (affaire Schüth – ci-après S.). Si les juridictions allemandes de première instance et d’appel ont accueilli les contestations de ces licenciements, la Cour fédérale du travail a pour sa part refusé d’y faire droit. Saisie de requêtes séparées mais relatives à une même question juridique, la Cour européenne des droits de l’homme rend deux arrêts dont les dispositifs diffèrent. L’Allemagne n’est condamnée pour violation du droit au respect de la vie privée et familiale (Art. 8) que dans l’affaire Schüth et non dans l’affaire Obst. Cette divergence n’est évidemment pas le résultat d’une contradiction dans le raisonnement mais seulement de situations factuelles différentes, ce qui permet d’ailleurs un meilleur éclairage de la portée des exigences conventionnelles en ce domaine. La physionomie du contentieux d’espèce impliquait de se placer sur le terrain des « obligations positives inhérentes au respect effectif de la vie privée » qui exigent de l’État partie « l’adoption de mesures visant au respect de la vie privée jusque dans les relations des individus entre eux » (§ 40-41 O.). Or, ici, le conflit interpersonnel opposant le salarié et l’employeur se présentait également comme un conflit de droits conventionnels : d’une part, le droit au respect de la vie privée et familiale du salarié (Art.8) ; d’autre part, le principe d’« autonomie » des « communautés religieuses » (Art. 9 – liberté de religion – combiné à l’Art. 11 – liberté d’association – § 44 O). Toutefois, même si cette divergence d’intérêts confère à l’État partie une marge d’appréciation « plus large » pour décider de leur conciliation (§ 42 O.), les juges européens encadrent cet exercice de « mise en balance » de façon assez précise (§ 43O.). En effet, la Cour valide certes le principe selon lequel « au regard de la Convention, un employeur dont l'éthique est fondée sur la religion ou sur une croyance philosophique [ici une organisation religieuse] peut […] imposer à ses employés des obligations de loyauté spécifiques » (§ 69 S.) et ce, même si ces dernières sont susceptibles de porter sur « un comportement relevant de la sphère privée » du salarié (§ 51 O.). Cette reconnaissance n’est d’ailleurs pas inédite (v. sur le terrain de la liberté d’expression, Com. EDH, Dec. 6 septembre 1989, Rommelfanger c. Allemagne, Req. n° 12242/86). Toutefois, dans le prolongement d’un autre précédent plus récent (Cour EDH, 2e Sect. 20 octobre 2009, Lombardi Vallauri c. Italie, Req. n° 39128/05 – Actualités droits-libertés du 22 octobre 2009), la juridiction strasbourgeoise fixe des limites à cette « autonomie » de l’employeur religieux qui lui permet d’empiéter sur les droits individuels du salarié. Un licenciement réalisé pour de tels motifs sera contraire à la Convention s’il ne fait l’objet que d’« un contrôle judiciaire restreint, effectué par le juge du travail étatique compétent, sans que soit prise en compte la nature du poste de l'intéressé et sans qu'il soit procédé à une mise en balance effective des intérêts en jeu à l'aune du principe de proportionnalité » (§ 69 S.). 1°/- Dans l’affaire Obst, l’absence de violation du droit au respect de la vie privée et familiale résulte de ce que le contrôle juridictionnel offert par le droit allemand (§ 45 O.) a bien donné lieu à un examen effectif des intérêts contradictoires (§ 49 O.). De plus, il a conduit à des conclusions qui « ne paraissent pas déraisonnables » à la Cour (§ 50 O.). En particulier, sont mis en exergue « la position importante » du requérant dans la hiérarchie de l’Eglise mormone, son acceptation libre d’ « obligations de loyauté accrues » qui étaient pour lui non équivoques (§ 50-51 O.) ainsi que le caractère « limité [du] préjudice […] résultant [de son] licenciement […] eu égard à son âge, à son ancienneté dans l’emploi » (§ 48 O.). Ces circonstances permettent à la Cour de conclure au caractère non disproportionné du licenciement et donc à l’absence de condamnation de l’Allemagne pour violation de l’article 8 (§ 52-53 O.). Tel n’est cependant pas le cas pour l’affaire Schüth. 2°/- Dans cette dernière affaire, en effet, les juges européens fustigent « le caractère succinct du raisonnement des juridictions du travail » (§ 66-69 et 73 S.). Mais au travers de cette critique procédurale diffuse, ils identifient un ensemble de circonstances qui révèlent, à leurs yeux, le caractère disproportionné de la mesure de licenciement. La Cour est d’abord sensible au fait que, comme ce fut le cas en l’espèce, le salarié lié par des obligations de loyauté spécifiques ne médiatise pas sa divergence avec les positions de l’organisation religieuse (v. Com. EDH, Préc. Rommelfanger c. Allemagne,) et, plus largement, qu’il ne les remette pas directement en cause (§ 72 S. – v. Cour EDH, Préc. Lombardi Vallauri c. Italie – Actualités droits-libertés du 22 octobre 2009). Mais ceci n’est pas le point le plus crucial. En effet, c’est surtout à l’aune d’autres considérations que les juges strasbourgeoise mettent en pratique le principe selon lequel « un devoir de loyauté envers l'Eglise catholique [ne peut] limit[er que] jusqu'à un certain degré [le] droit au respect de sa vie privée » du salarié(§ 71 S.). En l’espèce, et à la différence de l’affaire Obst, le requérant avait eu une relation extra-conjugale après s’être séparé de son épouse. Or, sanctionner ce comportement parce qu’adultérin au sens du « code canonique de l'Eglise catholique » conduirait, ce que critique les juges européens, à « interpréter la signature apposée par le requérant sur ce contrat comme un engagement personnel sans équivoque de vivre dans l'abstinence en cas de séparation ou de divorce. Une telle interprétation affecterait le cœur même du droit au respect de la vie privée de l'intéressé » (§ 71 S.). La Cour tend donc à juger excessif par principe le fait d’exiger dans un contrat de travail que le salarié respecte le principe d’indissolubilité absolue du mariage qui, sauf à risquer le licenciement, lui empêcherait toute séparation et le condamnerait à « vivre dans l'abstinence jusqu'à la fin de ses jours » (§ 72 S.). La portée de cette position doit toutefois être nuancée car la « nature du poste » occupé par le requérant semble aussi avoir nettement pesé sur l’issue du raisonnement strasbourgeois. En effet, « aux yeux de la Cour, le fait qu'un employé licencié par un employeur ecclésial ait des possibilités limitées de trouver un nouvel emploi revêt une importance particulière » (§ 73). Or, au-delà même de leurs liens indirects avec l’activité proprement religieuse, les fonctions d’« organiste et chef de cœur » sont très peu répandues. Dès lors, « il est difficile [pour le requérant], voire impossible, de trouver un nouveau poste en dehors de l'Église employeur » (§ 75 S.) car, à supposer même que l’Église protestante, seule autre à offrir un tel emploi de « musicien d’Église », engage exceptionnellement un catholique, elle n’accepterait pas non plus sa situation familiale (§ 73S.). En conséquence, l’Allemagne est condamnée pour violation du droit au respect de la vie privée et familiale (§ 74-75 S.). Ces deux arrêts relatifs aux emplois où « la religion ou les convictions constituent une exigence professionnelle essentielle, légitime et justifiée eu égard à l'éthique de l'organisation » démontrent que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme est, sur ce thème, au diapason du droit de l’Union européenne, notamment d’une directive de 2000 (Article 4.2 de la directive 78/2000/CE du Conseil de l'Union européenne du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail– v. une précédente citation : Cour EDH, Préc. Lombardi Vallauri c. Italie – Actualités droits-libertés du 22 octobre 2009). Ceci est d’autant plus remarquable que la loi allemande de transposition de cette dernière directive (§ 41 S.) a été contestée par la Commission européenne (§ 42 et 70 S.) précisément pour avoir défini trop largement l’autonomie des organisations religieuses en ce domaine(comp. à la loi française de transposition du 27 mai 2008, Art. 2.2° in fine). La condamnation de l’Allemagne dans l’affaire Schüth est donc un remarquable exemple de coordination entre les positions de l’Europe de Strasbourg et celles de l’Europe de Bruxelles. Obst c. Allemagne et Schüth c. Allemagne (Cour EDH, 5e Sect. 23 septembre 2010, Resp. Req. no 425/03 et no 1620/03)
23 septembre 2010
Made in China
Soleil sur les toits de Paris, zinc brûlant sur ma peau ; des miettes d'été.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=gRIE-txyA3w&fs=1&hl=fr_FR]
19 septembre 2010
Gueule de bois
Elle est l'amante dont les fards et les paillettes, craquelés au matin, révèlent les sillons des rides où s'entassent des petits bouts de nuit.
Les charmes brillants de ses néons semblent avoir été des mirages tant il est difficile de les retrouver à la lumière du jour.
Les lendemains de fête sont durs, la nausée n'est pas loin devant ces artifices étalés avec autant d'impudeur, mais j'ai quand même gagné le Jackpot à Vegas.
18 septembre 2010
L’asexualité en débat: Quand la sexophobie n’est pas toujours là où on la croit, par Wendy Delorme et Peggy Sastre
Si l’asexualité* fait souvent l’objet de commentaires reflétant tous les préjugés sexophobes possibles sur les comportement sexuels humains, le mouvement des asexuels (qui s’incarne depuis 2001 dans l’associationAVEN), ne prône pas forcément des valeurs négatives mais plutôt une positivité: celle du respect (pour ne plus être considérés comme « malades », « impuissants », « frustrés », « traumatisés du sexe », « fanatiques religieux », « anorexiques du sexe, etc.). No Sex, avoir envie de ne pas faire l’amour (La Musardine, 2010), l’ouvrage de Peggy Sastre sur la question, est intéressant, incisif et surtout défend une vision fondamentale du respect de toutes les sexualités (asexualité comprise). La réception de l’ouvrage est intéressante aussi, mais à cause de la virulence des débats qui s’y jouent. Peggy Sastre ne mâche pas ses mots ni ses opinions, mais les nombreuses réactions suscitées dans la presse, sur internet et divers forums, durant les trois mois qui ont suivi sa publication fourniraient matière idéale à analyse des arguments de la sexophobie. Pas forcément du côté des asexuels, mais de ceux qui les jugent. Parce qu’il m’a semblé important de défendre un livre dont les réceptions critiques se sont laissées souvent engloutir par leur peur phobique du sujet, et parce que Peggy Sastre et moi ne sommes pas toujours d’accord sur tout, je lui ai demandé de se prêter à un jeu d’entretien-débat.
15 septembre 2010
pèlerinage
@Santini
Je suis passée dans le Queens juste assez pour ne pas avoir envie de quitter ses petites maisons de brique rouge. À l'angle d'une rue j'ai vu Manhatan. Et puis le ciel et les nuages ont défilé devant mes yeux sans que je cherche à les retenir. J'ai pensé à sa salle de sport, à l'appartement de Sharon street et aux bougainvilliers. Ça m'a fait mal au bide et je me suis pris les pieds dans mon sac.
Derrière la vitre il y avait Central Park qui me narguait.
Je n'ai pas vu ce que j'attendais mais j'ai vu tout le reste. Et c'est bien comme ça.
Le soleil a séché mes plaies, je suis repassée sur mes chagrins et le sel de mes larmes ne colle plus à mes joues.
Dommage qu'on ne puisse pas se débrancher le cerveau plus longtemps.
03 septembre 2010
The New Colossus
"Donne-moi tes pauvres, tes exténués, Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres, Le rebut de tes rivages surpeuplés, Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte, De ma lumière, j'éclaire la porte d'Or !"
Emilie Lazarus, The New Colossus, 1883.









